Six mois après sa première homologation européenne aux Pays-Bas, le système d’aide à la conduite FSD (Supervised) de Tesla n’a toujours pas d’autorisation à l’échelle de l’Union. Le vote attendu en octobre a été repoussé, et une enquête de Reuters publiée le 7 octobre détaille les méthodes employées par Tesla pour accélérer les choses.
Où en est le FSD en Europe
Le RDW, l’autorité néerlandaise chargée de l’homologation des véhicules, a accordé en avril 2026 la première autorisation européenne au FSD (Supervised). Malgré son nom, il ne s’agit pas d’une conduite autonome : le système est classé comme une aide à la conduite avancée. La voiture peut tenir le volant et naviguer de porte à porte, mais le conducteur doit surveiller la route en permanence et reprendre la main à tout moment. Tesla s’appuie surtout sur des caméras et de l’intelligence artificielle, là où la plupart des concurrents ajoutent d’autres capteurs comme le radar ou le lidar.
Pour obtenir ce feu vert, Tesla a mis en avant 1,6 million de kilomètres d’essais en Europe, des démonstrations auprès d’environ 13 000 clients passagers et plus de 4 500 scénarios testés sur piste. Le Danemark a suivi avec une autorisation provisoire en juin, puis la Belgique, qui a pu raccourcir son examen grâce aux données du RDW.
Comment se décide une homologation européenne
Pour étendre l’autorisation à toute l’Union, le dossier passe par le TCMV, le comité technique où les régulateurs nationaux coordonnent leurs décisions. Il faut l’accord d’États représentant au moins 55 % des pays membres et 65 % de la population européenne. Lors d’une réunion en mai, plusieurs régulateurs nordiques avaient soulevé des objections : le dépassement des limitations de vitesse, la conduite mains libres sur routes verglacées, la détection des élans et le caractère potentiellement trompeur du nom « Full Self-Driving ». Selon Automobile Propre, le vote initialement prévu en octobre 2026 n’aura pas lieu avant décembre.
Ce que révèle l’enquête de Reuters
Reuters s’est appuyé sur des centaines de pages de correspondances entre Tesla et des autorités nationales. On y apprend que le RDW a facturé 365 000 € pour cinq mois de travail, montant contesté par Tesla, qui a aussi demandé à connaître la nature des essais à l’avance et à donner son accord écrit avant leur réalisation. Les études de sécurité de Tesla reposent largement sur des indicateurs indirects, comme les freinages brusques ou l’usage du klaxon, avec des véhicules conduits par des professionnels familiers du système. Sept chercheurs en sécurité routière interrogés estiment que ces données ne prouvent pas une baisse des accidents mortels.
L’enquête rappelle aussi qu’Elon Musk a appelé en novembre 2025 les propriétaires européens à faire pression sur leurs autorités. Reuters a retrouvé des dizaines de messages envoyés à des responsables suédois et norvégiens.
La France et l’Allemagne se rapprochent
En juillet, Elon Musk avait critiqué le ministre français des Transports, Philippe Tabarot, après ses réserves. En septembre, ce dernier a évoqué des discussions « constructives » et des modifications permettant à la France de soutenir l’homologation. Le 6 octobre, le ministre allemand des Transports, Steffen Bilger, a annoncé vouloir accélérer le processus. Parmi les points de compromis évoqués : une tolérance de dépassement des limitations de 10 % au maximum, et un nouveau nom, « Tesla Assisted Driving ».
Ce qu’il faut retenir
Le FSD supervisé reste une aide à la conduite de niveau 2, autorisée dans quelques pays européens seulement. Le vote européen est repoussé à décembre au plus tôt, avec le soutien désormais affiché de la France et de l’Allemagne, mais des réserves persistantes dans les pays nordiques.
Photo d’illustration : Aavindraa, Wikimedia Commons, CC0.
