Club Med : une « purge » au sommet qui ouvre un nouveau chapitre sous contrôle chinois
Une rupture historique malgré des résultats records
Le Club Med traverse une phase de mutation profonde, marquée par une série de départs au plus haut niveau alors même que le groupe affiche des performances économiques inédites (chiffre d’affaires multiplié par quatre en une décennie, marges solides).
L’actionnaire chinois Fosun profite de cette situation de force pour installer sa propre équipe de direction, tournant ainsi la page d’un cycle historique porté par Henri Giscard d’Estaing et ses fidèles.
Ce mouvement n’est pas la conséquence d’une mauvaise gestion, mais le signe d’une divergence stratégique et culturelle majeure entre l’actionnaire et l’ancienne garde dirigeante.
Une série de départs qui ressemble à une purge
Plusieurs figures clés ont quitté le groupe en quelques mois, dessinant l’image d’un véritable « reset » du management.
Le directeur général adjoint Michel Wolfovski, numéro deux du groupe, a été poussé vers la sortie fin octobre 2024, malgré l’opposition explicite d’Henri Giscard d’Estaing dans un courrier interne dénonçant la décision de l’actionnaire majoritaire.
En juillet 2025, c’est au tour d’Henri Giscard d’Estaing lui‑même d’annoncer son départ, après 23 ans à la tête du Club Med, dans un contexte de conflit de gouvernance avec Fosun et d’un départ qualifié de « forcé » par plusieurs observateurs.
Le départ d’HGE entraîne rapidement celui de plusieurs de ses proches collaborateurs.
Le directeur de la communication, Thierry Orsoni, quitte ainsi le groupe à l’été 2025, confirmant la fin d’un cycle pour l’équipe historique.
La directrice des ressources humaines, Sylvie Brisson, en poste depuis plus de vingt‑cinq ans, est à son tour évincée par la nouvelle direction, symbole fort de la volonté de tourner la page de l’ancienne culture interne.
Enfin, le départ de Grégory Lanter, directeur général Développement et Construction et architecte de la montée en gamme, notamment sur la montagne et la Chine, achève le démantèlement du noyau stratégique construit autour d’HGE.
Une question centrale : l’ADN Club Med en danger ?
Au cœur des interrogations, une question domine : le Club Med saura‑t‑il préserver son ADN et son héritage français tout en étant piloté majoritairement depuis la Chine ?
Journalistes spécialisés et observateurs craignent une dilution de l’esprit pionnier et de la culture des G.O, au profit d’une gestion plus standardisée et financière.
Les départs en chaîne de responsables emblématiques de la culture interne (communication, RH, développement) nourrissent la crainte d’une remise en cause du modèle social qui a fait la singularité du Club Med.
Stéphane Maquaire face au test de Marrakech
La nomination de Stéphane Maquaire, ancien dirigeant de Monoprix et Carrefour, à la présidence‑direction générale fin juillet 2025 ouvre une nouvelle phase, mais pose la question de sa légitimité auprès des équipes historiques.
Le séminaire de Marrakech, prévu du 15 au 20 novembre 2025, où seront réunis Comité de Direction et Chefs de Village, apparaît comme un moment de vérité pour le nouveau patron.
Ce rendez‑vous sera l’occasion pour lui de présenter sa vision stratégique, d’expliquer la ligne imposée par l’actionnaire et de montrer comment il entend préserver – ou réinventer – l’héritage d’Henri Giscard d’Estaing.
Les Chefs de Village, véritables gardiens de l’Esprit Club Med sur le terrain, attendent des réponses claires sur le futur de la culture G.O.
Le départ de la DRH historique et les tensions avec Fosun font planer le doute sur une possible « rationalisation » du modèle social, avec un risque de perte de ce qui faisait la différence du Club Med par rapport aux chaînes hôtelières classiques.
Une stratégie de développement à clarifier
Sur le plan du développement, le départ de Grégory Lanter laisse un vide stratégique au moment où le Club Med doit poursuivre sa montée en gamme en montagne et à l’international.
Les annonces qui seront faites à Marrakech sur les nouveaux resorts, les projets en cours et la stratégie Montagne seront donc scrutées de près, tant en interne qu’à l’extérieur.
La capacité de la nouvelle direction à maintenir la dynamique d’ouverture de villages premium, tout en respectant l’ADN de la marque, sera un indicateur clé de la nouvelle ère qui s’ouvre.
Le prochain séminaire de Marrakech s’annonce comme bien plus qu’un simple événement interne : c’est un test de crédibilité pour la nouvelle gouvernance et un révélateur de l’impact réel de la « purge » managériale sur le futur du Club Med.





