Une étude présentée le 26 septembre au Congrès européen de médecine d’urgence (EUSEM), à Paris, a simulé l’apport de drones pour acheminer des défibrillateurs en Île-de-France. Résultat : un réseau hybride, mêlant drones et appareils fixes, permettrait d’apporter un défibrillateur en moins de cinq minutes dans plus de 95 % des cas. Une simulation, pas encore une expérimentation, mais des chiffres solides.
Une simulation sur 28 349 arrêts cardiaques
Le travail a été présenté par le Dr Hillary Minka, urgentiste à l’hôpital Lariboisière, avec le Pr Matthieu Heidet (CHU Henri-Mondor, Créteil). L’équipe a repris 28 349 arrêts cardiaques survenus hors de l’hôpital en Île-de-France entre 2011 et 2024, sur sept départements, Paris intra-muros exclu. La région a été découpée en IRIS, les plus petites unités statistiques de l’Insee, et pour chacune le temps d’accès à un défibrillateur automatisé externe (DAE) a été calculé selon trois stratégies : densifier le réseau de DAE fixes, livrer par drone, ou combiner les deux.
Le DAE est l’appareil qui analyse le rythme cardiaque et délivre un choc si nécessaire. Il est conçu pour être utilisé par un témoin sans formation médicale, guidé par la voix de l’appareil et par le régulateur au téléphone. Chaque minute compte : « Chaque minute de retard avant la défibrillation réduit les chances de survie », rappelle le Dr Minka.
Les chiffres clés
| Indicateur | Valeur |
|---|---|
| DAE fixes recensés dans la zone | 1 893 |
| DAE à ajouter pour une couverture par réseau fixe seul | 1 712 (3 605 au total) |
| Cas atteints en moins de 5 min par la route depuis un DAE fixe | 30 à 40 % |
| Cas atteints en moins de 5 min avec le réseau hybride | plus de 95 % |
| Gain moyen sur le temps d’accès | 3,76 min (plus de 10 min dans certains secteurs) |
| Rayon couvert par une base de drones | 3 900 m, contre 500 m pour un DAE fixe |
| Réseau de 200 bases + 871 sites de DAE existants | 99,4 % de couverture |
L’écart s’explique simplement : un DAE mural n’est utile que si quelqu’un peut aller le chercher et revenir à pied en quelques minutes, d’où le rayon de 500 m retenu. Un drone, lui, vole en ligne droite et peut desservir un cercle de près de 4 km autour de sa base. Les emplacements envisagés pour ces bases sont des sites existants : DAE déjà installés, unités mobiles de réanimation (Smur) et casernes de pompiers.
Les limites, assumées par les auteurs
Aucun drone n’a volé. Les temps de trajet reposent sur des distances à vol d’oiseau et ignorent la météo, les contraintes d’espace aérien et les délais opérationnels : le temps de déclenchement, de décollage ou de dépose n’est pas modélisé. L’étude, présentée sous forme de résumé, n’a pas été relue par des pairs et n’a reçu aucun financement. Les auteurs demandent eux-mêmes des études prospectives et des essais réels.
Vu du terrain, ce sont justement ces paramètres qui feront la différence. En région parisienne, une grande partie de l’espace aérien est contrainte par les aéroports et les zones réglementées, et le vent comme la pluie réduisent la disponibilité d’un drone léger. Le Dr Minka insiste aussi sur un point : les drones « ne remplaceront jamais les témoins, la réanimation ou les équipes médicales ». C’est un témoin sur place qui récupère l’appareil et l’utilise.
La Normandie a déjà franchi le pas
La France n’en est pas qu’au stade théorique. Le 2 décembre 2025, le service d’Everdrone est entré en service opérationnel pour le SAMU 76, en Seine-Maritime, premier déploiement français intégré à la chaîne de régulation des urgences. En Suède, à Borås, un drone du même opérateur est arrivé avant l’ambulance sur un arrêt cardiaque en juillet 2026, et un témoin a pu relancer le cœur du patient. Aux États-Unis, Duke Health a commencé en juillet 2026 à envoyer des DAE sur des appels réels au 911.
Selon le Pr Heidet, cité par The Guardian, seuls 8 % des patients en arrêt cardiaque en France reçoivent un DAE public avant l’arrivée des secours. Le meilleur réseau de drones ne servira à rien si personne n’ose poser les électrodes : se former aux gestes qui sauvent reste le premier maillon.
Ce qu’il faut retenir
- Un réseau hybride drones + DAE fixes couvrirait plus de 95 % des arrêts cardiaques franciliens en moins de 5 minutes, selon une simulation.
- Un drone couvre un rayon de 3,9 km, contre 500 m pour un défibrillateur mural.
- Météo, espace aérien et délais réels restent à tester ; la Normandie a déjà un service opérationnel depuis décembre 2025.
Photo d’illustration : Mollyrose89, Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0.
